Hortense Vinet

Maud Antolini

Portraits réalisés pour le magazine « Repérages » de la Ville de Bondy.

Texte de Sylvain Pattieu

«A SEULEMENT 18 ANS, CETTE BONDYNOISE DE NAISSANCE A APPRIS LA MUSIQUE AU CONSERVATOIRE. ELLE RÊVE AUJOURD’HUI DE FAIRE DE LA CHANSON SON MÉTIER.

Du temps où j’étais lycéen, les filles écrivaient sur leurs cahiers, ou dans des petits mots, à l’encre bleue turquoise. Je ne sais pas quelle couleur utilise Maud pour écrire ses chansons, mais elle porte ce bleu sur les ongles et c’est le bleu d’un âge où tous les rêves sont permis. Il tranche avec le rouge posé sur ses lèvres, un rouge déterminé pour contrebalancer le songe, celui du pas assuré de sa longue silhouette, habillée simple mais chic. Maud sait où elle veut aller, modestement mais sûrement, elle sait ce qu’elle veut faire : chanteuse. C’est sans doute l’espoir de beau- coup mais elle s’en donne les moyens et garde la tête sur les épaules. D’abord, elle a passé son bac S. Ensuite, elle privilégie une solide formation sur un radio-crochet illusoire. Elle sait les destins fracassés avant même d’avoir commencé, les stars d’un jour choisies sur leur physique plus que sur leur voix. Bien sûr, il y a eu Olivia Ruiz, Julien Doré, mais pas de Nouvelle Star ou de The Voice pour Maud : elle a choisi une école dans le XIe, à Paris, la Fabrique Saint-Antoine. « Je veux être une artiste à part entière, dit-elle, pas me retrouver cataloguée télé-réalité. »

Maud a du bleu sur les ongles mais son nom de scène, elle le tire d’un film d’une autre teinte, La Couleur pourpre, qui est aussi le préféré de sa

mère. Pour ses chansons, elle est Maud Célie, hommage à la jeune Noire américaine du film, touchée par un destin cruel et séparée de sa sœur, mais courageuse jusqu’au bout. Sa mère est la première à l’encourager, à la rassurer, peut- être parce qu’elle-même, comptable désormais, voulait faire danseuse. Elle n’ira pas contre les rêves de sa fille. Son père est un peu plus inquiet, mais il accepte. Elle est l’artiste de la famille.

Maud n’est pas une enfant prodige, elle a commencé la musique à douze ans, seulement, par la guitare, au Conservatoire de Bondy. Elle garde une affection particulière pour ses premiers maîtres bondynois, Christophe pour la guitare, Catherine pour le piano. Ils lui ont transmis leur passion. C’est dans ce cocon, où elle se sentait bien, qu’elle a appris à maîtriser les instruments, à déchiffrer le solfège. C’est ici qu’elle retourne encore, en parallèle à son école parisienne. Elle est une enfant de Bondy, cursus à l’école publique, jusqu’au lycée Jean Renoir. Pas question de se vanter auprès de ses camarades de classe, la plupart de ses amis ne font pas de musique, elle est une élève comme les autres, une passion en plus. Passion dévorante, car elle fait en plus de ses cours du théâtre, de la danse, de la musique.

Le bac en poche, elle peut se consacrer à la musique. Dans son école elle apprend la technique vocale, le chant, la respiration, la confiance en elle. Pas de concurrence déplacée, elles sont toutes soudées, et parmi ses collègues, une femme de trente-sept ans, bondynoise elle aussi, mère de famille en plus d’être chanteuse, qui leur donne des conseils et les rassure. Les professeurs sont exigeants, il y a des studios, elle peut enregistrer, se produire sur scène, progresser. Elle écrit son album, rédige, en français et en anglais, des ballades douces, des chansons d’amour. Maud chante les déceptions amoureuses, la distance et l’amour qui s’éloigne. Pour chaque chanson une histoire, et des échos en chacun de nous.

Sur YouTube, on peut apprécier sa superbe voix, on la découvre au piano, à la guitare, seule face au micro, elle s’accompagne pour des reprises : Léa Michele, dans une veine pop-soul qu’elle affectionne particulièrement, ou Birdie. Ou en- core, avec pas mal d’audace, Maître Gims, dont elle reprend la chanson Changer, transformant en douce ballade le flow du rappeur bling-bling. C’est l’histoire d’un gars qui promet à sa copine qu’il va changer, et Maud, avec aplomb, se réapproprie les paroles : en 2016, le modèle de l’amoureuse transie trahie par son mec peut bien être retourné. On aime la chanson, on aime sa voix, alors avant de l’entendre sur un album prévu pour 2017 ou 2018, on est impatient, mais on aimerait lui dire, quand même, Maud, ne change pas trop. »