Hortense Vinet

Claude Rutault, « artistes au travail »  (Partenariat ENSAD/MAC VAL) , 2007

A notre première rencontre au MAC VAL, Claude Rutault dit : «je ne suis pas un artiste conceptuel, je suis un peintre.» Je m’interroge. Peut-être un soupçon de provocation dans l’énoncé par ailleurs rigoureusement exact ? Un artiste qui produit de la peinture est un peintre.

Une semaine plus tard à la Celle-Saint-Cloud, je découvre… l’atelier d’un peintre. Sauf que Claude Rutault ne peint pas. Il écrit une définition/méthode (d/m) qui est réalisée par l’acquéreur. Pourtant il me dit aimer la peinture,toute la peinture. Loin d’une posture iconoclaste. Je photographie, il téléphone. J’oublie un peu les concepts et les références pour une approche plus sensible. La conversation téléphonique continue, il s’agit de rencontrer des gens, d’envoyer des châssis, ça demande du temps.

Le rapport au temps justement : on actualise les d/m, les couches de peinture successives forment des strates jusqu’à ce qu’on jette la toile, trop vieille. A la fin il me dit que ses d/m prendront pleinement leur sens après sa mort, quand la prise en charge sera totale.

Au Louvre, seule dans les salles de peinture française qui n’intéressent pas les touristes, je sors mon appareil. Je veux confronter ces monuments de pérennité à l’œuvre de Claude Rutault, comprendre la distinction qu’il fait entre le «représenter» et le «vivre».